connexion

conte...compte...comte ?

Retour aux articles 08/04/2014

  

« Conter, ce n'est jamais que dire avec lenteur les joyeux brassages de la besace à mémoire. Mais avant de parler, le conteur écoute. «  O.de R.

 ------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Ayant perdu mon père à 7 ans, c’est ma grand-mère qui m’a élevé.

Si je vous en parle c’est qu’elle avait un véritable talent de conteuse.

Je me rappelle très bien tous les récits passionnants qu’elle me contait parfois avant de m’en dormir.

 

Elle était née à Vallorbe petit village du nord vaudois  connu entre autre pour sa célèbre grotte aux fées.

C’était mon sujet favori et je n’avais de cesse de lui demander et redemander qu’elle me raconte la découverte de cette grotte et la légende des fées qui l’habitaient.

Elle devait bien chaque fois rajouter quelques détails ou même en inventer. Peu importe c’était toujours captivant. Surtout qu’un mystère persistait quant à l’origine de la rivière l’Orbe qui prend sa source à la sortie de la grotte. Mon grand-père et des copains avaient bien essayé de colorer l’eau : sans succès.


                                                                                                                                                                                             

                   Grotte aux fées                                                                                    la source de l’Orbe

 

L’entrée des troupes du général Bourbaki à Vallorbe en pleine déroute était également un épisode qu’elle avait à cœur de raconter. J’aurais dit que c’était plus pour elle que pour moi !

Bien que toute petite, elle avait été marquée par l’arrivée à la frontière de ces soldats que l’on désarmait, qui étaient mort de froid et de faim et que les villageois recueillaient. Ses parents en avaient  logé deux ou trois.

Elle avait  conservé dans son grenier les uniformes, selles de cheval ou autres reliques de ces soldats, mais je n’ai jamais su où ces objets ont disparus.

 

 

Arrivée des Bourbakis à Vallorbe en février 1871

 

Et les récits se poursuivaient plus passionnants les uns que les autres.

Il y avait celui du pharmacien, le premier vallorbier à posséder un poste de radio. Il le mettait sur le rebord de la fenêtre de son appartement donnant sur la rue. Les passants pouvaient en profiter alors que sa famille à l’intérieur découvrait les premiers programmes de notre RSR.

 

Etonnant pour ma génération : la fermeture de l’école afin de permettre aux écoliers de voir arriver à Vallorbe la  première voiture automobile. Cela devait être l’équivalent de la vision d’une fusée spatiale de notre époque.

 

Elle était très fière de m’avouer avoir repassé avec un des premiers fers électriques. Mais elle prenait soin de tirer les rideaux afin que personne ne puisse la voir utiliser cet engin révolutionnaire.

Et bien d’autres comme par exemple : l’incendie de Vallorbe ou  le départ aux aurores pour aller trouver de la parenté à Chavornay (22 km ). C’était toute une expédition avec un cheval attelé au char à pont : il fallait bien compter 5 heures pour effectuer ce trajet !

 

Et enfin cette petite dernière qui me faisait doucement rigoler :

Son mari avait acheté de l’absinthe (formellement interdite à l’époque).Le fond de l’estagnon avait craqué, laissant se déverser sur le perron plusieurs litres de cet alcool prohibé. Etant commandant des pompiers, il n’avait rien trouvé de mieux que d’utiliser une hydrante pour laver le trottoir. Résultat : tous les voisins de la rue ne pouvaient plus ignorer le nom de l’apéritif préféré de mon grand-père et il avait fallu plusieurs jours pour chasser cette odeur dans le quartier.

Elle n’a jamais voulu me dire s’il avait eu des ennuis avec la police.

--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

 Mon Dieu, je regrette de n’avoir pas eu l’idée d’enregistrer ces récits.

Elle savait y donner un ton parfois de mystère ou de suspens car j’étais à l’évidence un auditeur juvénile conquis.

Je pense que de nos jours il ne doit plus y avoir beaucoup de grand-mères qui content ou lisent à leurs petits-enfants les histoires du Petit poucet, Barbe bleue ou Heidi.

Nos petits anges ont tous déjà, même à cet âge, un téléphone portable qui les mobilise le soir avant de s’endormir.

Pour le reste, la TV se charge de leur montrer des récits le plus souvent  cauchemardesques, dont ils ont rapidement trouvé l’astuce pour déverrouiller le code parental.

   

  

Chère grand -maman Bertha, tout fout le camp. Tu te retournerais peut-être  dans ta tombe si tu voyais que l’amour et la poésie n’ont que peu de place face aux technologies actuelles.

 

Heureusement il subsiste encore de nos jours  des conteurs. Des vrais.

Et si je vous ai raconté tout ce qui précède, c’est que j’en ai découvert un.

                                      Monsieur Oliver de Robert.

Je vous recommande et conseille d’écouter la petite vidéo que j’ai indiquée ci-dessous.

( cliquez sur le lien sous la photo )

Un petit chef d’œuvre.

Dans la plus pure tradition des conteurs, ce pyrénéen  haut en couleur  à l’accent savoureux,  nous donne une véritable leçon sur les dérives de notre monde archi -politisé, bardé de lois.

Cela me rappelle ma grand-mère : de la poésie et de l’humour  à l’état pure comme une musique que l’on savoure dans un recueillement.

J’en suis persuadé.                                  JCE/7.4.2014

 

 http://www.ariegenews.com/news-1464-67205.html

 

 

 

 

coucou! Enfin,j'ai pu lire

coucou! Enfin,j'ai pu lire tes souvenirs anecdotiques provenant de ta grand-mère . Mon grand-père ma racontait les mêmes histoires! Encore un lien de plus entre nous , cousins enfin retrouvés. En plus, il se trouve que je me souviens très bien de ta grand-mère! J'étais petite mais ma mémoire devait être tout en éveil... Merci pour tes messages, cher Jean-Claude et plein d'affectueuses pensées à partager avec Pat...
Colette

Jean-Claude, ma mère est

Jean-Claude, ma mère est aussi née à Vallorbe et mon grand père qui était chef de gare aux CFF, ma raconté plusieurs anecdotes sur les Bourbakis.
Que de souvenirs !!

Merci pour vos encouragements

Merci pour vos encouragements et les mots joyeux et profonds de votre blog.
Bonne continuation et bient t sur les chemins des mots.
Cordialement
Olivier de Robert

Chronique

Merveilleuse chronique mon bon cousin... Ah quand une version filmée, je suis persuadé que tu ferais un beau carton. Je te propose de la réaliser prochainement. Bien à toi.

Beau récit !!!

Ah mon cher ami, quelle belle histoire de vie nous as-tu raconté ici. C'est vraiment la vie réelle comparé à celle d'aujourd'hui qui est plus virtuelle que réelle.

Dommage que les enfant d'aujourd'hui et de demain ne vivront jamais une telle épisode qui façonne la vie d'une personne.
Un conte merveilleux d'une réalité merveilleuse !!!!

Tu nous as renvoyé avec un art élevé de conteur au royaume de notre enfance.

Etant né dans un village très reculé du Sénégal, je me rappelle de notre enseignant au primaire qui s'échinait à nous apprendre ce que c'est "la mer" ou le "feux rouge" avec des images qu'il dessinait au tableau.

Ton récit mon cher réveille en moi tout une réelle vie différent de la vie virtuelle actuelle

Amitié
Baba

Merci pour tes News que je

Merci pour tes News que je lis en Thailande.....tout va bien...et les Thai aussi ...te saluent bien...hahahah claude

Merci Jean-Claude pour ce

Merci Jean-Claude pour ce moment de douceur et de poésie par ton récit enchanteur!!!!!
Cela fait du bien dans ce monde plein de dureté!
Christiane

Poster un nouveau commentaire

Le contenu de ce champ sera maintenu privé et ne sera pas affiché publiquement.
  • Les adresses de pages web et de messagerie électronique sont transformées en liens automatiquement.
  • Tags HTML autorisés : <a> <em> <strong> <cite> <code> <ul> <ol> <li> <dl> <dt> <dd>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.

Plus d'informations sur les options de formatage

CAPTCHA
Cette question permet de s'assurer que vous êtes un utilisateur humain et non un logiciel automatisé de pollupostage.
CAPTCHA visuel
Entrez les caractères (sans espace) affichés dans l'image.